CONFERENCE DE MICHELE AGRAPART
DIRECTEUR PROFESSEUR J-H ROBERT
III - Actuellement.
Force est de constater que la demande est importante chez
les magistrats instructeurs, et que dans les expertises psychologiques
criminelles il est de plus en plus fréquent de constater que dans
les questions, le juge glisse insidieusement vers l'analyse. Et c'est
tant mieux.
J'ai pour ma part depuis 15 ans, avec plus ou moins de bonheur, mais quand
une enquête aboutit c'est la réussite d'une équipe
et réciproquement en cas d'échec, effectué une cinquantaine
de " profilages " " ou analyses criminelles
" sans en connaître au début le mot, tel Monsieur Jourdain
et la prose. J'en ai refusé une quinzaine, notamment quand l'enquête
était exclusivement à charge et que mon approche ne devenait
qu'une caution pour un juge ou des enquêteurs qui, ainsi que m'avait
dit un magistrat, " avait besoin de billes pour boucler le dossier
".
La France n'étant heureusement pas le pays de très nombreux
tueurs en série, tous les dossiers que j'ai eu à examiner
ne concernaient qu'un, voir deux homicides volontaires. Quelques réflexions
:
* La scène du crime du psychocriminologue n'est jamais " la
scène du crime " où le tueur a laissé sa
signature, mais un endroit où on a trouvé un cadavre, lieu
proprement nettoyé, débarrassé par les enquêteurs
qui ont soigneusement récupéré le moindre indice
et où le médecin légiste a déjà fait
un certain nombre de constatations sur le cadavre. Ce qui n'empêche
pas certains d'élaborer des délires pseudo-analytiques sur
cette " scène qui n'est plus du crime ".
On retrouve systématiquement dans les ouvrages, la différenciation
entre la " scène organisée et la scène non organisée
", ce qui est sans doute vrai pour les tueurs multirécidivistes
de l'Amérique du Nord, beaucoup plus aléatoire pour la vielle
Europe.
* le modus operandi est souvent d'une banalité déconcertante
et les média qui la décrivent, permettent ainsi par leur
publicité quand un crime est commis par un autre auteur, d'en copier
le mode opératoire.
Il faut aussi se souvenir qu'il en est du tueur comme de tout être
humain, il peut être imprévisible dans son mode opératoire..
et intelligent, et changer de mode opératoire. Il n'existe donc
pas de protocole immuable en matière d'analyse criminelle mais
des pistes, des rencontres, et des doutes.
* Quand à la signature du tueur, chère aux romans policiers
elle relève souvent de l'imagination de certains. " Il
a tué avec un couteau c'est donc un militaire ".