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LE MONDE - Jeudi 29 Août 2002 Les enquêteurs ne font toujours pas de
lien entre les trois meurtres de la Somme Tueur en série ou pas ? Une semaine après la découverte du corps de Christelle Dubuisson, mercredi 21 août, sous un fourgon abandonné dans un chemin à l'entrée de Villers-Bretonneux (Le Monde du 23 et du 24 août), la question demeure malgré les indices à la disposition des enquêteurs. Troisième jeune femme tuée dans la région d'Amiens (Somme) depuis le début de l'année, l'adolescente de 18 ans devait être enterrée jeudi 29 août. Comme pour Elodie Kulik et Patricia Leclercq, retrouvées mortes le 11 janvier et le 7 juillet, le ou les meurtriers de Christelle n'ont toujours pas été identifiés. Au lendemain de l'ouverture d'une information judiciaire contre X... pour homicide volontaire, Dominique Le Bras, procureur d'Amiens, et Jean-Philippe Vicentini, celui de Péronne (où est menée l'enquête sur les deux premiers meurtres) ont réaffirmé, mercredi 28 août, l'absence "d'éléments matériels permettant de lier les crimes entre eux". Soucieux de désamorcer la crainte d'un tueur en série, ils ont admis le "caractère statistiquement anormal" des meurtres tout en soulignant qu'"un mode opératoire relativement proche ne suffit pas". Comme les deux autres victimes, retrouvées dans un périmètre d'une trentaine de kilomètres, Christelle a été tuée alors qu'elle rentrait chez elle seule, à une heure tardive, et son corps a été abandonné dans un lieu à l'écart. Mais, les avocats, eux aussi, se montrent p! rudents. "Rien ne ressort dans ce dossier qui permette de faire un parallèle avec les autres", affirme Me Jérôme Crépin, l'avocat de la mère de Christelle. "L'enquête sur ce meurtre n'a pour l'instant rien apporté de nouveau au dossier Elodie Kulik", souligne Me Didier Robiquet, l'avocat de la famille de la jeune femme, violée par plusieurs individus avant d'être tuée et brûlée. UNE MIETTE ET DES CHEVEUX Dans un rapport remis début avril, Michèle Agrapart-Delmas, la psychocriminologue sollicitée dans le dossier Kulik, évoquait, elle, une logique de tueurs en série : "Ils vont se tenir tranquilles quelque temps puis repasseront à l'acte car ils ont pris goût à la relation d'emprise et de contrainte". Signe que l'hypothèse n'est pas complètement écartée, la cinquantaine de gendarmes mobilisés sur les trois dossiers travaillent tous sous la direction de la section de recherches d'Amiens. Et un point quotidien est fait entre les différentes cellules. En tout cas, contrairement aux deux affaires précédentes, les enquêteurs mobilisés sur le meurtre de Christelle disposent, avec le fourgon, de nombreux indices. "Dans les trois crimes, c'est le seul élément concret auquel on peut s'accrocher", a souligné M. Le Bras. L'examen du fourgon a occasionné entre "60 et 80 scellés allant d'une miette de pain à des cheveux", souligne Me Crépin. Des traces de sang ont été relevées sur le véhicule et à l'intérieur, côté passager, ainsi que sur un chiffon imbibé d'essence, trouvé quelques mètres plus loin. Mais la façon dont la jeune femme a été tuée n'a pas été établie. "Les blessures mortelles évoquent une arme blanche. On pourrait penser à un couteau mais on n'a pas de certitude", a indiqué M. Le Bras. D'éventuelles traces ADN pourraient être
comparées avec celles relevées sur les lieux du crime d'Elodie
Kulik. Mais les résultats ne devraient pas être connus avant
plusieurs semaines. En attendant, les enquêteurs ne sont pas parvenus
à retrouver la trace du conducteur du fourgon sous lequel Christelle
a été découverte. Propriété de France
Rabotage, une entreprise de BTP de la Marne, le véhicule portait
le logo de la société. Il a été volé
le soir du crime, mardi 20 août, alors qu'il était garé
dans un dépôt à Bucquoy (Pas-de-Calais), à
environ 40 km de Villers-Bretonneux. Les employés qui l'avaient
laissé là vers 18 h 15 semblent avoir été
mis hors de cause. D'après des témoins, le fourgon s'y trouvait
encore vers 21 h 30. Les enquêteurs avaient établi
le portrait-robot d'un homme aperçu dans l'après-midi à
Villers-Bretonneux, au volant d'un fourgon France Rabotage. Il s'agirait
donc d'un autre véhicule de la société ou d'une erreur
de témoignage. L'emploi du temps de la vi! ctime, fait lui aussi
l'objet de vérifications. Christelle a quitté le domicile
de son père, à Villers-Bretonneux, vers 20 heures.
Elle est allée à Fouilloy et à Corbie, des villages
voisins, comme souvent, pour voir sa mère et ses copains. Selon
le parquet, elle aurait été vue pour la dernière
fois vers 22 h 30. D'après Me Crépin, un
ami l'aurait aperçue plus tard, vers 1 heure, seule à
la sortie de Corbie. Frédéric Chambon |
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