Fonction d’analyste

La fonction d’analyste, n’est qu’une part du travail d’un expert en sciences humaines.

Elle repose sur la connaissance approfondie non seulement de la psychologie, mais aussi de la psychologie criminelle et sur une grande expérience de l’enquête criminelle. Pour ma part 12 ans d’enseignement aux OPJ gendarmerie et 2300 expertises psychologiques criminelles m’ont énormément appris.
Une double formation en comportement humain et en criminologie est donc fortement conseillée et doit être étayée par une réelle connaissance de terrain à travers en général des expertises criminelles ( expertises d’auteurs connus, identifiés et de victimes).

L’analyse criminelle se situe entre l’acte, son interprétation, les motivations qui le sous-tendent, le mode opératoire et les traces et indices laissés par l’auteur. Elle se construit sur l’étude soigneuse de chaque pièce du dossier. Mais il faut bien reconnaître que, sauf rares exceptions, l’analyste est souvent appelé en renfort devant l’échec d’une enquête, parfois des années après et la modestie, la réflexion, la logique, le rationnel doivent être prioritaires en évitant soigneusement ses propres intuitions et analyses étonnantes du style  » la victime avait les mains jointes, donc l’auteur était un croque-mort « …  » la victime était assise sur un tissu bleu donc l’auteur avait vécu au bord de la mer  » etc…

On peut continuer à pratiquer avec succès des enquêtes criminelles sans l’aide de l’analyse criminelle. L’interpellation d’un suspect à Péronne pour le seul homicide (sur les 3) où il n’y avait pas d’analyste en est la preuve.
L’analyse n’est pas indispensable mais apporte un regard différent, une vue globale, celle de la dynamique psychologique.
L’avenir va sans doute conduire les deux services d’enquêtes, police et gendarmerie, à s’adjoindre des analystes qui seront  » sur la scène du crime  » en temps réel.
Cela réglera le problème du temps écoulé entre l’acte criminel et la demande d ‘un magistrat et aussi celui des honoraires…En revanche où va être la neutralité de l’expert, le recul indispensable à tout dossiers, l’expérience acquise par des expertises antérieures. Même d’un policier ou d’un gendarme surdoué, il semble assez puéril d’imaginer qu’on va en faire des psychologues et criminologues en quelques mois…

On pourrait aussi imaginer qu’un pole de juges pourraient avoir  » sous la main  » un analyste. Pourquoi pas ? Où se situerait alors la frontière entre les deux fonctions ?

Les auditions de victimes et de témoins pourraient aussi bénéficier de cette aide, car la fragilité de certaines personnalités, l’affectivité, l’oubli, le refoulement voire la peur ou les consommations de substances addictives entraînent souvent chez les victimes et les témoins des distorsions de témoignage qu’il appartient à l’analyste de repérer, identifier, analyser. La loi l’a prévu, cette possibilité n’est quasiment jamais utilisée et le cafouillage de certaines auditions filmées de victimes mineures (audition dont l’expert n’a d’ailleurs jamais connaissance) pourrait parfois être évité.

Ce sont donc plus des interrogations que des doutes que je voulais aujourd’hui soumettre car beaucoup de questions restent sans réponses.

Faut-il introduire le terme  » analyse criminelle  » ou  » psychocriminologique  » dans le code de procédure pénale ? Faut-il faire habiliter des analystes par les cours d’Appel ? Et sur quels critères, quelles compétences ? Quelle est la réalité de cette approche et quelle en est la définition ? profilage ou analyse ?

 

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Une réponse à Fonction d’analyste

  1. Larive dit :

    Merci pour cette article, c’est la représentation même de mon rêve professionnel 🙂 devenir analyste comportemental pour la police. Merci

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